Pour en finir avec Eddy Belleguele-
Edouard Louis
(édition du seuil,2014)
Eddy Bellegueule : l'auteur a longtemps porté ce patronyme épique et invraisemblable, typiquement picard ; c'est une plongée sans oxygène dans la misère sociale, intellectuelle, morale. C'est aussi l'interdiction d'être différent sous peine d'en payer le prix fort. Enfant il est difficile de dire « non » au fatalisme ambiant ou l'avenir semble s'arrêter à la sortie du village. Il roule des hanches, préfère la danse au foot. La famille moque ses «airs de folle». On n'a peut-être jamais lu une dissection aussi clinique du sentiment de honte. Au collège, l'injure est permanente.
Deux brutes le persécutent chaque jour, lui crachent à la gueule, lui cognent la tête contre le mur. Le petit Bellegueule dissimule lui-même son martyre. Il donne rendez-vous à ses bourreaux dans un couloir désert, pour ne pas être vu pendant qu'on le frappe.
« Dans le couloir le grand aux cheveux roux et le petit au dos voûté criaient les injures se succédaient avec les coups ,et mon silence,toujours .Pédale,pédé,tantouse,enculé tarlouze ,pédale douce,baltringue,tapette,fiotte,etc.."Page 19
Peu à peu, il se met à tout haïr: la télévision constamment allumée chez lui, l'alcool omniprésent, la vulgarité triomphante, les diatribes contre les«crouilles» et les pédés, la virilité obstantatoire, la méfiance vis-à-vis de l'école, de la culture, de la médecine. Son récit est quasiment dénué de cette tendresse qu'on exige des souvenirs d'enfance. «Ce n'est pas une trahison ou un reniement, dit-il. On m'a mis dehors. C'est ensuite que j'ai fui. J'ai fait de nécessité vertu.»
"Ainsi quels que soient les "rôles"que les gays adoptent,quelle que soit la manière dont ils les transformrnt,ces "identités" disponibles ont pour point commun de se trouver toujours ,à un moment ou à un autre,dans une situation ou dans une autre,en porte à faux avec le monde environnant il y a là un processus jamais achevé de construction et d'invention de soi"
didier Eribon:l'Identité irréalisable p 165 in Réflexions sur la question gay
Le roman pose une question importante sur le déterminisme homosexuel ,sa réalité naturelle loin des constructions culturelles que les différentes sociétés laissent accroire.Eddy Belleguele ne devient pas homosexuel,il est homosexuel et l'idenditité sexuelle qui le définit se heurte à la cruauté de l'inacceptation par les autres de cet état de fait.
O n ne peut rester insensible à tant de souffrances injustes.L'auteur ne nous épargne rien et les jeux adolescents soigneusement décrits confirment auprès du jeune homme sont attirance sensuelle pour des partenaires masculins malgré des expériences infructueuses auprès de jeunes filles (laura,Sabrina).
Un récit dérangant !
Eric Furter